Comment réagit notre corps face à l’anxiété ?

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L’anxiété qu’est-ce-que c’est ?

“L’anxiété est une émotion souvent ressentie comme désagréable qui correspond à l’attente, plus ou moins consciente d’un danger ou d’un problème à venir. Elle est un phénomène normal, présent chez tous les individus mais qui peut cependant prendre un caractère excessif et pathologique dans différentes situations : on parlera alors de troubles anxieux.

Les sujets souffrants de troubles anxieux sont envahis par un sentiment d’inconfort ou de peur secondaire à une anticipation excessive d’éventuelles difficultés avant même que les problèmes ne soient survenus, ou avant même que le sujet ait repéré précisément ce qu’il redoute“. – anxiete.fr

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(Illustration du personnage : freepik.com)

L’anxiété peut être liée à plusieurs facteurs, qu’ils soient d’ordre biologiques ou environnementaux.

La génétique

Une étude menée sur des jumelles (Kendler KS et coll. “The genetic epidemiology of phobias in women” Archives of General Psychiatry, 1992, 49:273-281)  a été conduite pour déterminer si les peurs et les phobies pouvaient avoir une origine génétique. Les résultats sont probants, puisqu’il semblerait qu’au moins dans les cas de peurs spécifiques (animaux, vide,…) il y ait une part de cession transgénérationnelle. Il est quand même difficile d’annoncer des résultats avec certitude : est-ce le trouble phobique qui est transmis ou plutôt un terrain anxieux prédisposant ? Marcus Pembrey, ancien chef de l’unité en pédiatrie génétique à l’Institut de la Santé de l’Enfant de Londres, assure que certains souvenirs peuvent se transmettre de génération en génération. Ainsi certaines angoisses et phobies seraient nées chez nos aïeux, d’où le fait d’être quelquefois incapable de connaître leur origine. L’anxiété pourrait donc être transmise en partie par nos ancêtres, encore faut-il que l’environnement soit favorable au développement de certaines peurs.

L’environnement social

L’environnement au sein duquel grandit l’enfant semble avoir un grand rôle à jouer dans les prédispositions qu’il aura à être anxieux ou non. Le besoin de sécurité, d’amour, de reconnaissance, d’intérêt ont-ils été comblés par les parents et les proches ? La qualité et la régularité des interactions sociales sont également déterminantes quant au fait de se sentir à l’aise en société et d’avoir confiance en soi. La communication et les mots choisis pour encourager plutôt que rabaisser ou découvrir plutôt que juger seront essentiels dans le développement sain de l’enfant. Un point primordial et souvent rencontré dans les familles d’anxieux concerne le refoulement des émotions. Un enfant qui n’apprendra pas à les exprimer librement gardera en mémoire qu’elles n’ont pas de place à avoir à l’extérieur de son corps. Elles prendront une connotation négative dans son inconscient et il finira par user beaucoup trop d’énergie pour les masquer.

Les traumatismes émotionnels

Nous vivons tous à un moment donné de notre vie, de l’enfance à l’âge adulte des événements traumatisants qui nous marquent à vie, que ce soit de manière positive en participant à la construction de notre personnalité ou bien au contraire qui viennent nous apporter un lot d’angoisses que nous surmontons difficilement seul-e. Lorsque nous vivons ces traumatismes il se peut qu’ils soient généralement accompagnés de manifestations physiques ou d’une peur intense. Celles-ci peuvent venir s’imprimer dans notre cerveau émotionnel et y faire leur nid douillet jusqu’à ressortir au cours de situations similaires (qu’elles soient angoissantes ou non). Les symptômes pourront refaire surface de manière assez violente. Un parfum, une parole, une situation, peuvent suffire pour raviver la plaie.

La société occidentale

Notre monde actuel favorise grandement l’anxiété. Pourquoi ? Parce que nous sommes à l’ère du “trop-vite”, que les employeurs cherchent la performance et l’efficacité sans fautes chez leurs employés et que nous sommes confrontés à la compétition dès notre plus jeune âge (notes à l’école, sports, …). Les réseaux sociaux concourent également à valoriser l’apparence et permet à bon nombre d’êtres humains de se cacher derrière leurs écrans pour juger hâtivement de parfaits inconnus. Les personnes possédant une faible estime d’elle-même peuvent être particulièrement touchées par ces comportements.

Ces quatre facteurs vont donc faire qu’à un moment donné nous allons éviter des situations afin de nous préserver. Nous allons préférer fuir plutôt que de nous confronter, puisque à court terme cette stratégie préservera notre capital énergétique. Néanmoins cette méthode ne présente de bénéfices que sur l’instant et que le seul moyen de guérir durablement sera de se confronter régulièrement à nos peurs.


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Les trois mécanismes de l’anxiété

L’anxiété peut se manifester sous forme de trois mécanismes différents qui ont pour but de préparer l’organisme à réagir face à la peur.

Le mécanisme physique

Il est traduit par les symptômes vécus en particulier pendant les crises d’angoisse (étourdissements, transpiration excessive, palpitations, essoufflement,…).

Le mécanisme comportemental

Il s’exprime par des réactions plutôt visibles de l’extérieur, comme une marche plus rapide, le fait de taper du pied, l’évitement. Globalement, les sensations ressenties correspondent à celles d’une personne prise au piège et obligée de fuir.

Le mécanisme mental

Il est composé des sensations et des pensées de la personne, allant de la nervosité à la panique. Lorsque nous sommes face à un “danger” potentiel, l’organisme va être alerté. Nous allons être très vigilants vis-à-vis de notre environnement ce qui va nous empêcher d’être pleinement dans le moment présent, d’être concentré à ce que nous faisons. Les personnes anxieuses vont donc plus facilement souffrir de troubles de la mémoire et de la concentration, puisque souvent leur attention est ailleurs. Lorsqu’elles se sentent en état de danger immédiat et qu’elles ne voient rien à l’extérieur qui pourrait leur nuire, le réflexe va être de se dire que c’est en elles que réside le problème. D’où les pensées du genre “je suis en train de mourir” ou “je n’arrive plus à me contrôler” lorsqu’une attaque de panique se présente.

Le mécanisme physique va prédominer ces crises d’anxiété. Quand un danger pointe le bout de son nez le cerveau envoie un message au système nerveux autonome. Ce dernier est divisé en deux ramifications que sont les systèmes nerveux sympathique et parasympathique.

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Mécanisme de l’attaque de panique (illustration du personnage : freepik.com)

Le système nerveux sympathique

C’est lui qui décide si nous fuyons ou si nous réagissons. Son rôle est également de libérer dans l’organisme de l’adrénaline et de la noradrénaline qui sont sécrétées par les glandes surrénales. L’activité de ce système provoque une accélération du rythme cardiaque et une augmentation de la force des battements. Ces effets sont nécessaires à l’organisme dans sa réaction car ils participent à l’accélération de la circulation sanguine. L’apport d’oxygène vers les tissus est augmenté et le corps se débarrasse de ses toxines plus rapidement.

La réaction “faire face ou fuir” modifie aussi l’activité de notre système respiratoire. La respiration devient plus profonde puisque les tissus ont besoin d’un apport d’oxygène plus conséquent pour se mettre en condition d’action. Ce changement peut déclencher des symptômes supplémentaires tels que de la difficulté à respirer, une impression de boule dans la gorge, d’étouffement ou encore une oppression au niveau du thorax. Enfin, cette intensification de respiration provoque un autre effet secondaire s’il n’y a pas d’action enclenchée : le débit sanguin au niveau de la tête diminue. Ce n’est pas dangereux mais peut provoquer des symptômes comme des étourdissements, un brouillard visuel, de la confusion, une impression d’irréalité ou de dépersonnalisation, des bouffées de chaleur.

Pour terminer sur les effets physiques liés à l’activation du système nerveux sympathique, on remarque une augmentation de la transpiration. Cette surproduction de sueur rend la peau plus glissante, donc plus insaisissable pour un prédateur et refroidit le corps pour freiner toute élévation anormale de sa température. Nous serons d’accord sur le fait que de nos jours cette réaction n’est pas adaptée puisque nous sommes la plupart du temps en sécurité. Elle reste néanmoins normale tant que nous nous sentons en danger, qu’il soit réel ou non.

Toutes ces manifestations peuvent donc expliquer pourquoi grand nombre d’anxieux ont souvent chaud et se sentent brouillés au niveau de la tête. Cet enchaînement d’effets secondaires nous prend beaucoup d’énergie et finit par nous épuiser.

Le système nerveux parasympathique

Il réagit en opposition au système nerveux sympathique en rétablissant un état de relaxation dans le corps, comme une sorte de frein. Grâce à lui nous comprenons qu’un état d’anxiété ne peut durer éternellement, que l’organisme à un moment se relâchera. Il est notre protecteur interne. Retenons aussi que l’adrénaline et la noradrénaline ont besoin d’un certain temps pour être détruites. Il est donc normal de sentir encore paniqué alors même que le danger est évincé.


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Le cerveau : au cœur de nos émotions

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Le cerveau est constitué de deux parties principales :

  • le néocortex : situé autour du cerveau ancien, il correspond à la couche la plus récente de notre cerveau. Il contrôle la cognition, le langage et le raisonnement. Il est composé de six strates distinctes de neurones parfaitement régulières et optimisées pour le traitement des informations. Par l’intermédiaire du cortex préfrontal le néocortex peut s’occuper de l’attention, la concentration, l’inhibition des instincts, de l’organisation des relations sociales et de notre comportement moral.

  • le cerveau ancien : au centre, c’est celui que l’on partage avec tous les mammifères et pour une partie avec les reptiles. Il est aussi appelé cerveau limbique.

Il est le maître du contrôle des émotions et d’une partie de notre physiologie.

Le cerveau limbique est ainsi constitué de plusieurs couches de neurones amalgamées, qui permettent un traitement de l’information plus primitif que le néocortex mais qui est plus adapté et plus rapide dans les réactions de survie.

Grâce à la lumière naturelle pénétrant par nos yeux, l’hypothalamus va contrôler et influencer plusieurs fonctions essentielles de notre cerveau émotionnel (ou cerveau limbique) : sécrétion des hormones, action sur l’appétit, libido, cycles du sommeil, cycles menstruels, régulation de la température corporelle, l’humeur ou encore notre vitalité.

L’amygdale, située à côté de l’hypothalamus, est à l’origine de nos réactions de peur. Elle décode les stimuli menaçant pour l’organisme comme le ferait un système d’alarme pour une maison.

Notre cerveau émotionnel joue également un grand rôle dans le maintien d’une bonne tension artérielle, dans le contrôle de la respiration, d’un système digestif fonctionnel et d’un système immunitaire performant.

Lorsque nous faisons face à ce que David Servan-Schreiber appelle « un court-circuit émotionnel », le cerveau limbique est capable de déconnecter le cortex préfrontal qui perd ainsi sa capacité à guider notre comportement face à un stress important. Nous sommes à ce moment-là incapable de réfléchir ou d’agir de manière adaptée. Avec la sécrétion d’adrénaline, le cerveau limbique prend le contrôle de nos fonctions vitales : le coeur se met à battre plus vite et plus fort, notre estomac se retourne, nous tremblons de tous nos membres ou nous avons des “coups de chaud”.

Nous pouvons donc constater à quel point tous les systèmes du corps sont étroitement liés et qu’il est donc nécessaire de traiter l’anxiété dans son ensemble afin de retrouver un équilibre à tous les niveaux : hormonal, digestif, immunitaire,…

Prenez soin de vous


Sources
  • « Psychologie de la peur » – Christophe André
  • « Guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse » – David Servan-Schreiber
  • « Surmontez vos peurs » – Jean-Luc Emery
  • Photo retouchée pixabay.com (williamsinclair)

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